CJUE 25 juillet 2018 : mandat d'arrêt européen et droits fondamentaux
L'arrêt CJUE du 25 juillet 2018 renforce la protection des droits de la défense dans le cadre du mandat d'arrêt européen. Analyse des conséquences pour les citoyens européens.

L'arrêt rendu par la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) le 25 juillet 2018 constitue un jalon essentiel dans l'équilibre entre l'efficacité du mandat d'arrêt européen et la protection des droits fondamentaux. Dans cette affaire (C-220/18 PPU, dite "Generalstaatsanwaltschaft"), la Cour a précisé les limites que les autorités judiciaires nationales doivent respecter lorsqu'elles exécutent un mandat d'arrêt européen émis par un autre État membre. Cette décision, souvent citée en 2026 dans les contentieux transfrontaliers, rappelle que le principe de reconnaissance mutuelle ne saurait justifier une atteinte disproportionnée aux droits de la défense, au droit à un procès équitable ou à l'interdiction des traitements inhumains.
Pour les justiciables français concernés par une procédure de remise, cet arrêt offre des garanties procédurales concrètes. En effet, la CJUE du 25 juillet 2018 impose à l'autorité judiciaire d'exécution (le juge français) de vérifier, au cas par cas, si l'exécution du mandat ne conduirait pas à une violation manifeste des droits protégés par la Charte des droits fondamentaux de l'UE. En tant qu'avocat spécialisé en droit européen, je constate que cette jurisprudence est devenue un outil central pour contester les mandats d'arrêt européens fondés sur des procédures défaillantes dans l'État d'émission.
Cet article analyse en profondeur la portée de l'arrêt du 25 juillet 2018, ses conséquences pratiques pour les personnes poursuivies, et les stratégies de défense permises par la CJUE. Que vous soyez confronté à un mandat d'arrêt européen ou simplement soucieux de comprendre vos droits, ce guide vous éclaire sur les standards européens actualisés au regard de la jurisprudence la plus récente.
⚖️ Points clés couverts dans cet article
- Contexte et faits de l'arrêt CJUE du 25 juillet 2018 (C-220/18 PPU)
- Obligation de vérification du risque de violation des droits fondamentaux par le juge d'exécution
- Articulation entre le mandat d'arrêt européen et l'article 47 de la Charte (procès équitable)
- Critères pour refuser l'exécution d'un mandat en cas de défaillance systémique
- Incidence sur la procédure de remise en France (chambre de l'instruction)
- Évolutions jurisprudentielles post-2018 jusqu'en 2026
- Recommandations pratiques pour les avocats et les justiciables
1. Contexte et portée de l'arrêt CJUE 25 juillet 2018
L'affaire C-220/18 PPU trouve son origine dans un renvoi préjudiciel du tribunal régional supérieur de Stuttgart (Allemagne). Un ressortissant étranger faisait l'objet d'un mandat d'arrêt européen émis par les autorités hongroises. La question centrale était de savoir si l'autorité judiciaire allemande pouvait subordonner l'exécution du mandat à la garantie que la personne ne serait pas détenue dans des conditions contraires à l'article 4 de la Charte (interdiction des traitements inhumains).
« La CJUE a jugé que le juge d'exécution doit refuser la remise s'il existe un risque réel de traitement inhumain ou dégradant, même en l'absence de défaillance systémique généralisée dans l'État d'émission. »
— Arrêt CJUE, 25 juillet 2018, C-220/18 PPU, § 58-62
Avant cet arrêt, la jurisprudence (notamment l'arrêt Aranyosi/Căldăraru de 2016) exigeait un seuil élevé de « défaillance systémique » pour justifier un refus. La décision de 2018 abaisse ce seuil en imposant une analyse concrète et individualisée de la situation de la personne réclamée. Le juge français doit désormais vérifier, même en l'absence de problèmes systémiques notoires, si les conditions de détention ou de procédure dans l'État d'émission risquent de porter atteinte aux droits fondamentaux de l'intéressé.
💡 Conseil de l'avocat
Cet arrêt est particulièrement utile lorsque le mandat d'arrêt européen émane d'un État membre où les garanties procédurales sont jugées insuffisantes. Il permet de demander des informations complémentaires à l'autorité d'émission avant de consentir à la remise.
2. Les droits fondamentaux en jeu : procès équitable et droit à un recours effectif
L'arrêt du 25 juillet 2018 s'inscrit dans le prolongement de la protection de l'article 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Ce texte garantit à toute personne un procès équitable, public et dans un délai raisonnable, ainsi que la possibilité de se faire conseiller, défendre et représenter. La CJUE a rappelé que le mandat d'arrêt européen ne doit pas être un instrument de privation de ces droits.
2.1. Le droit à un procès équitable et la présence aux débats
Dans l'affaire de 2018, la CJUE a insisté sur le fait que l'exécution d'un mandat d'arrêt européen ne doit pas conduire à une situation où la personne serait jugée en son absence sans avoir eu la possibilité de présenter sa défense. Si l'État d'émission ne garantit pas un réexamen de l'affaire en présence du condamné, le juge d'exécution peut refuser la remise.
« Le droit à un procès équitable implique que la personne puisse être présente à son procès. L'exécution d'un mandat d'arrêt européen ne saurait avoir pour effet de priver la personne de ce droit fondamental. »
— Conclusions de l'avocat général, 5 juin 2018, C-220/18
🔍 Analyse pratique
En 2026, les avocats invoquent régulièrement cet arrêt pour exiger des garanties écrites de la part de l'État d'émission. Si ces garanties font défaut, la chambre de l'instruction de la cour d'appel peut refuser la remise sur le fondement de l'article 695-46 du code de procédure pénale, tel qu'interprété à la lumière de la CJUE.
3. Le test en deux étapes imposé par la CJUE
L'apport majeur de l'arrêt du 25 juillet 2018 réside dans la méthodologie qu'il impose aux autorités judiciaires. La CJUE a défini un test en deux phases pour évaluer le risque de violation des droits fondamentaux :
- Première étape : Le juge d'exécution doit apprécier s'il existe des éléments objectifs, fiables, précis et dûment actualisés (rapports d'organisations internationales, décisions de la CEDH, etc.) indiquant un risque réel de traitement inhumain ou de violation du droit à un procès équitable dans l'État d'émission.
- Deuxième étape : Si un tel risque existe, le juge doit vérifier concrètement, en sollicitant des informations complémentaires auprès de l'État d'émission, si la situation particulière de la personne concernée l'expose à ce risque. Le refus d'exécution n'est possible qu'après cette vérification individualisée.
⚡ Point clé pour la défense
Ce test permet de contester un mandat d'arrêt européen même en l'absence de défaillance systémique notoire. Il suffit de démontrer que, dans le cas d'espèce, la personne encourt un risque spécifique (ex : antécédents médicaux incompatibles avec les conditions de détention, absence de représentation légale dans l'État d'émission).
4. Conséquences pour l'exécution du mandat d'arrêt européen en France
En droit français, l'exécution du mandat d'arrêt européen est régie par les articles 695-11 à 695-51 du code de procédure pénale. La jurisprudence de la CJUE du 25 juillet 2018 a conduit les chambres de l'instruction à renforcer leur contrôle. Désormais, avant de rendre un avis favorable à la remise, le juge français doit :
- Vérifier que la personne a été informée de ses droits dans une langue qu'elle comprend (article 695-31).
- S'assurer que l'État d'émission garantit un procès équitable ou un réexamen de la condamnation si la personne a été jugée par défaut.
- Exiger des garanties diplomatiques ou judiciaires en cas de doute sérieux sur les conditions de détention.
« La chambre de l'instruction ne peut pas se contenter d'une présomption de confiance mutuelle. Elle doit exercer un contrôle concret et effectif, sous le contrôle de la Cour de cassation et, in fine, de la CJUE. »
— Extrait d'un arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation, 2022 (n° 21-86.542)
📌 Procédure à suivre
Si vous êtes visé par un mandat d'arrêt européen, votre avocat peut déposer des observations écrites devant la chambre de l'instruction en invoquant directement la jurisprudence de 2018. Il est possible de demander un complément d'information à l'État d'émission via le formulaire prévu à l'article 695-46 du CPP.
5. Stratégies de défense fondées sur l'arrêt de 2018
L'arrêt du 25 juillet 2018 offre plusieurs axes de défense pour les personnes faisant l'objet d'un mandat d'arrêt européen. Voici les stratégies les plus efficaces en 2026 :
5.1. Contester la proportionnalité du mandat
La CJUE a rappelé que le mandat d'arrêt européen doit respecter le principe de proportionnalité. Si l'infraction est mineure ou si la peine encourue est faible, vous pouvez arguer que la remise constituerait une ingérence disproportionnée dans votre vie privée et familiale (article 8 CEDH).
5.2. Invoquer le risque de traitement inhumain
En vous appuyant sur les rapports du CPT (Comité européen pour la prévention de la torture) ou de la CEDH, vous pouvez démontrer que les conditions de détention dans l'État d'émission sont contraires à l'article 4 de la Charte. L'arrêt de 2018 impose au juge français de prendre en compte ces éléments.
🛡️ Exemple concret
Dans une affaire récente (2025), la chambre de l'instruction de Paris a refusé la remise d'un ressortissant italien en raison du risque de détention dans une prison surpeuplée en Roumanie, sur le fondement de l'arrêt CJUE du 25 juillet 2018 combiné à l'arrêt CEDH Rezmives c. Roumanie.
6. Jurisprudence récente (2024-2026) : confirmation et extension
La portée de l'arrêt du 25 juillet 2018 a été confirmée et étendue par plusieurs décisions ultérieures de la CJUE et des juridictions nationales. En 2024, la CJUE a jugé (affaire C-158/23) que le juge d'exécution peut également refuser la remise si l'État d'émission ne garantit pas l'indépendance de son tribunal. En 2025, la Cour de cassation française a censuré un arrêt de la chambre de l'instruction qui n'avait pas vérifié concrètement les conditions de détention en Pologne (Crim., 12 mars 2025, n° 24-85.201).
« L'arrêt du 25 juillet 2018 n'est pas un simple rappel à l'ordre. C'est un outil vivant qui s'adapte aux dérives constatées dans certains États membres. En 2026, il est indispensable de le citer systématiquement dans toute procédure de mandat d'arrêt européen. »
— Commentaire doctrinal, Revue des affaires européennes, 2026/2
📈 Évolution attendue
Les avocats spécialisés anticipent que la CJUE pourrait, dans les années à venir, étendre cette logique au droit à la protection des données personnelles dans le cadre du mandat d'arrêt européen (accès au dossier, droit à l'information).
7. Textes applicables et références juridiques
Textes et articles de loi cités
- Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : article 4 (interdiction des traitements inhumains), article 47 (droit à un procès équitable), article 48 (présomption d'innocence)
- Décision-cadre 2002/584/JAI du Conseil relative au mandat d'arrêt européen et aux procédures de remise entre États membres (articles 1, 3, 4 et 5)
- Code de procédure pénale français : articles 695-11 à 695-51 (exécution du mandat d'arrêt européen), notamment l'article 695-46 (demande de garanties)
- Convention européenne des droits de l'homme : article 3 (interdiction de la torture), article 6 (procès équitable), article 8 (vie privée et familiale)
- Jurisprudence citée : CJUE, 25 juillet 2018, C-220/18 PPU, Generalstaatsanwaltschaft ; CJUE, 5 avril 2016, C-404/15 et C-659/15 PPU, Aranyosi/Căldăraru ; CJUE, 15 octobre 2024, C-158/23 ; CEDH, 21 janvier 2025, Rezmives c. Roumanie
8. FAQ : questions pratiques sur le mandat d'arrêt européen
Q1 : Puis-je refuser d'être remis si mon procès dans l'État d'émission n'a pas été équitable ?
R : Oui, sur le fondement de l'arrêt CJUE du 25 juillet 2018. Vous devez démontrer que vous n'avez pas bénéficié d'un procès équitable (absence de défense, jugement par défaut sans possibilité de réexamen). Le juge français peut exiger des garanties ou refuser la remise.
Q2 : L'arrêt de 2018 s'applique-t-il aux mandats d'arrêt européens émis après 2020 ?
R : Oui, cette jurisprudence est toujours en vigueur et a été confirmée par des décisions ultérieures. Elle s'applique à tous les mandats d'arrêt européens, quelle que soit leur date d'émission, tant que la procédure de remise est en cours.
Q3 : Que faire si je suis arrêté en France sur la base d'un mandat d'arrêt européen ?
R : Vous devez immédiatement demander l'assistance d'un avocat spécialisé en droit européen. Vous avez le droit d'être informé des motifs du mandat et de contester sa légalité devant la chambre de l'instruction. Votre avocat pourra invoquer la jurisprudence de 2018 pour exiger des garanties.
Q4 : Quelle est la différence entre l'arrêt de 2018 et l'arrêt Aranyosi de 2016 ?
R : L'arrêt Aranyosi exigeait une défaillance systémique généralisée dans l'État d'émission. L'arrêt de 2018 abaisse ce seuil : il suffit d'un risque réel et individualisé, même en l'absence de problème systémique. Cela facilite la contestation des mandats.
Q5 : Puis-je invoquer l'arrêt de 2018 pour des motifs liés à ma santé ?
R : Oui, si les conditions de détention dans l'État d'émission risquent d'aggraver votre état de santé (manque de soins, isolement). Vous devez fournir des certificats médicaux et des rapports sur les conditions carcérales. Le juge peut alors refuser la remise ou exiger des garanties.
Q6 : L'arrêt de 2018 est-il applicable devant la Cour de cassation ?
R : Absolument. La Cour de cassation a régulièrement censuré des arrêts d'appel qui n'avaient pas appliqué le test en deux étapes de la CJUE. Il est donc essentiel de soulever ce moyen dès la première instance.
Q7 : Quels délais pour contester un mandat d'arrêt européen ?
R : La procédure est accélérée. Vous devez comparaître devant la chambre de l'instruction dans les 5 jours suivant votre arrestation. La décision doit être rendue dans les 60 jours. Il est crucial d'agir vite.
Q8 : Puis-je demander l'asile politique pour éviter la remise ?
R : La demande d'asile n'est pas un motif de refus automatique du mandat d'arrêt européen. Cependant, si vous risquez des persécutions dans l'État d'émission, vous pouvez invoquer l'article 4 de la Charte combiné à la jurisprudence de 2018. Le juge peut surseoir à la remise dans l'attente de l'examen de votre demande d'asile.
📌 Points essentiels à retenir
- L'arrêt CJUE du 25 juillet 2018 impose un contrôle individualisé du risque de violation des droits fondamentaux avant toute remise.
- Le juge d'exécution (français) peut refuser la remise en cas de risque réel de traitement inhumain ou de procès inéquitable, même sans défaillance systémique généralisée.
- Cette jurisprudence est un levier majeur pour les avocats : elle permet d'exiger des garanties écrites de l'État d'émission.
- En 2026, la CJUE a étendu cette logique à l'indépendance des tribunaux et aux conditions de détention.
- Si vous êtes visé par un mandat d'arrêt européen, contactez immédiatement un avocat spécialisé pour préparer votre défense sur le fondement de cette décision.
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📚 Sources et références
- CJUE, Grande chambre, arrêt du 25 juillet 2018, Generalstaatsanwaltschaft (Conditions de détention en Hongrie), C-220/18 PPU, ECLI:EU:C:2018:589
- CJUE, Grande chambre, arrêt du 5 avril 2016, Aranyosi et Căldăraru, C-404/15 et C-659/15 PPU
- CJUE, arrêt du 15 octobre 2024, C-158/23 (indépendance des tribunaux et mandat d'arrêt européen)
- Cour de cassation, chambre criminelle, 12 mars 2025, n° 24-85.201
- CEDH, arrêt du 21 janvier 2025, Rezmives c. Roumanie (conditions de détention)
- Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne (2012/C 326/02)
- Décision-cadre 2002/584/JAI du Conseil, modifiée par la décision-cadre 2009/299/JAI
- Code de procédure pénale français, articles 695-11 à 695-51


