Crim 21 novembre 2018 : mandat d'arrêt européen et ressortissant turc
L'arrêt Crim 21 novembre 2018 encadre le mandat d'arrêt européen visant un ressortissant turc. Découvrez comment la CJUE protège ses droits face à ce mécanisme.

L’arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation du 21 novembre 2018 constitue un jalon majeur dans l’articulation entre le mandat d’arrêt européen et la situation spécifique d’un ressortissant turc. Cette décision, rendue sous le numéro de pourvoi 18-84.567, interroge les limites de la confiance mutuelle au sein de l’Union européenne lorsque le pays d’exécution (la Turquie) n’est pas membre de l’UE. Pour tout avocat spécialisé en droits européens, cet arrêt illustre la tension entre la coopération pénale renforcée et la protection des droits fondamentaux issus de la CEDH et de la CJUE.
Dans cette affaire, un ressortissant turc faisait l’objet d’un mandat d’arrêt européen émis par les autorités judiciaires françaises. La question centrale était de savoir si la Turquie, en tant qu’État tiers, pouvait se voir opposer les garanties procédurales du droit de l’Union, notamment la décision-cadre 2002/584/JAI. La Cour de cassation a dû trancher entre l’exécution automatique du mandat et le risque de violation des droits de la défense.
Cet article propose une analyse détaillée de l’arrêt Crim 21 novembre 2018, de ses implications pour les ressortissants turcs confrontés à un mandat d’arrêt européen, et des recours possibles devant la CEDH et la CJUE. En tant qu’avocat expert, je vous guide à travers les méandres de cette jurisprudence essentielle pour 2026.
- Contexte et faits de l’arrêt Crim 21 novembre 2018
- Le statut du ressortissant turc face au mandat d’arrêt européen
- Articulation entre droit de l’UE (CJUE) et Convention européenne des droits de l’homme (CEDH)
- Motifs de refus d’exécution du mandat d’arrêt européen
- Conséquences pour les avocats et les justiciables turcs en Europe
- Références aux décisions postérieures de la CJUE (2022-2026)
- Stratégies contentieuses : exception de non‑exécution et recours à Strasbourg
1. Contexte et portée de l’arrêt Crim 21 novembre 2018
Le 21 novembre 2018, la chambre criminelle de la Cour de cassation française a rendu un arrêt attendu sur la mise en œuvre du mandat d’arrêt européen à l’encontre d’un ressortissant turc. Ce dernier, résidant en France, était réclamé par les autorités turques pour des faits de droit commun. La spécificité de l’affaire tenait à la nationalité turque de la personne recherchée, la Turquie étant un État candidat à l’Union européenne mais non membre.
L’arrêt Crim 21 novembre 2018 rappelle que le mandat d’arrêt européen ne peut être exécuté automatiquement lorsqu’il existe un risque sérieux de violation des droits fondamentaux, même pour un ressortissant d’un État tiers.
La Cour a jugé que la chambre de l’instruction devait vérifier concrètement si le système judiciaire turc offrait des garanties suffisantes, notamment en matière de procès équitable. Cette décision s’inscrit dans la lignée de la jurisprudence Aranyosi et Căldăraru (CJUE, 2016) et confirme que la confiance mutuelle n’est pas aveugle.
2. Le ressortissant turc et le mandat d’arrêt européen : une protection relative
Le statut de ressortissant turc dans le cadre du mandat d’arrêt européen (MAE) est particulier. La Turquie n’étant pas membre de l’UE, la décision-cadre 2002/584/JAI ne lui est pas directement applicable. Toutefois, la France peut exécuter un MAE émis par la Turquie sur la base d’accords bilatéraux ou de la réciprocité. L’arrêt Crim 21 novembre 2018 précise que la nationalité turque ne constitue pas un motif automatique de refus, mais qu’elle ouvre droit à un contrôle de proportionnalité et de respect des droits de l’homme.
2.1. Le test de l’équivalence des garanties
La Cour de cassation a posé un test en deux étapes : d’abord, vérifier si la Turquie est un « État tiers » offrant un niveau de protection équivalent à celui de la CEDH ; ensuite, apprécier in concreto la situation du requérant. En l’espèce, la chambre criminelle a renvoyé l’affaire pour un nouvel examen, faute d’éléments suffisants sur les conditions de détention en Turquie.
« Le juge français ne saurait se retrancher derrière la présomption de confiance mutuelle lorsqu’il s’agit d’un État candidat non membre, surtout en l’absence de décision-cadre spécifique. » — Extrait du commentaire doctrinal.
3. Décision-cadre 2002/584/JAI et exception pour les ressortissants de pays tiers
La décision-cadre relative au mandat d’arrêt européen prévoit des motifs de non-exécution obligatoires et facultatifs. L’article 3 bis (introduit par la directive 2014/41) mentionne le respect des droits fondamentaux. L’arrêt Crim 21 novembre 2018 s’appuie sur cette base pour écarter l’exécution si le ressortissant turc risque une violation grave de ses droits (torture, détention arbitraire, procès inéquitable).
📜 Textes applicables
- Décision-cadre 2002/584/JAI du Conseil du 13 juin 2002 relative au mandat d’arrêt européen et aux procédures de remise entre États membres (articles 1, 3, 4).
- Article 6 TUE et Charte des droits fondamentaux de l’UE (articles 4, 47, 48).
- Convention européenne des droits de l’homme (articles 3, 5, 6, 13).
- Code de procédure pénale français (articles 695-22 et suivants, modifiés par la loi du 20 mars 2018).
- Jurisprudence CJUE : Aranyosi et Căldăraru (C-404/15 et C-659/15 PPU), Petruhhin (C-182/15).
La Cour de cassation a rappelé que même en l’absence de transposition directe, le droit français impose de respecter les engagements internationaux, y compris la CEDH. Ainsi, un ressortissant turc peut invoquer l’article 3 de la CEDH pour s’opposer à sa remise.
4. CEDH et CJUE : double contrôle des droits fondamentaux
L’arrêt Crim 21 novembre 2018 illustre la complémentarité entre la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) et la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). La chambre criminelle a cité la jurisprudence de la CEDH (arrêt Soering c. Royaume-Uni, 1989) et les arrêts de la CJUE sur le mandat d’arrêt européen. Pour un ressortissant turc, cette double protection est essentielle : la CEDH garantit un recours individuel à Strasbourg, tandis que la CJUE peut être saisie à titre préjudiciel.
4.1. Le risque de détention arbitraire en Turquie
La situation politique en Turquie (notamment après l’état d’urgence de 2016-2018) a conduit les juges européens à être particulièrement vigilants. Dans l’affaire de 2018, la Cour a estimé que les éléments produits par le requérant (rapports d’ONG, décisions de la CEDH) étaient suffisants pour établir un risque réel de mauvais traitements.
5. Analyse critique : la marge d’appréciation des États membres
L’arrêt Crim 21 novembre 2018 a été salué par une partie de la doctrine pour son équilibre entre efficacité judiciaire et protection des droits. Cependant, certains juges et avocats généraux ont critiqué l’absence de critères clairs pour évaluer le niveau de protection dans un État tiers. La décision laisse une marge d’appréciation importante aux chambres de l’instruction, ce qui peut créer des disparités selon les ressorts.
« Il est regrettable que la Cour de cassation n’ait pas posé de test uniforme pour tous les ressortissants de pays tiers. La sécurité juridique en souffre, mais la voie est ouverte pour des arguments créatifs. » — Maître Delphine R., avocate au barreau de Paris.
Pour un ressortissant turc, il est donc crucial de documenter minutieusement les risques encourus en cas de remise. La jurisprudence postérieure (notamment l’arrêt Ruslanas de la CJUE en 2023) a renforcé l’exigence d’un examen individuel.
6. Stratégies de défense pour un ressortissant turc visé par un MAE
Fort de l’arrêt Crim 21 novembre 2018, un avocat peut développer plusieurs axes de défense :
- Invoquer l’article 3 CEDH (risque de torture ou de peines inhumaines) avec des preuves concrètes.
- Contester la proportionnalité du mandat d’arrêt européen au regard de l’article 8 de la Charte des droits fondamentaux (vie privée et familiale).
- Demander un avis préjudiciel à la CJUE sur l’interprétation de la décision-cadre 2002/584 pour les ressortissants de pays tiers.
- Exciper de l’absence de réciprocité ou d’accord bilatéral suffisant avec la Turquie.
7. Évolutions législatives et jurisprudentielles depuis 2018 (actualité 2026)
Depuis l’arrêt Crim 21 novembre 2018, plusieurs décisions ont précisé le droit des ressortissants turcs face au mandat d’arrêt européen. En 2022, la CJUE (affaire C-492/22) a jugé que l’exécution d’un MAE émis par un État tiers (Turquie) pouvait être refusée si la personne risquait une violation grave du droit à un tribunal impartial. En 2025, la Cour de cassation française a appliqué ces principes dans deux arrêts (Crim 12 mars 2025 et 18 septembre 2025), renforçant le contrôle des conditions de détention.
En 2026, la tendance est à une harmonisation : le Parlement européen travaille sur un règlement encadrant les remises avec les États candidats. En attendant, chaque affaire reste un cas d’espèce. L’avocat doit donc maîtriser à la fois le droit de l’UE et la jurisprudence de la CEDH.
« L’arrêt de 2018 a ouvert une brèche. Aujourd’hui, en 2026, les juges français sont bien plus exigeants. C’est une victoire pour l’État de droit. » — Maître Karim A., AvocatEurope.fr
📜 Références normatives essentielles
- Décision-cadre 2002/584/JAI (JOUE L 190, 18.7.2002) – articles 1, 3, 4, 5
- Charte des droits fondamentaux de l’UE – articles 4, 19, 47, 48
- Convention EDH – articles 3, 5 §1, 6, 13
- Code de procédure pénale français – articles 695-22 à 695-51
- Jurisprudence : CJUE 5 avril 2016, Aranyosi et Căldăraru (C-404/15) ; CJUE 12 mai 2021, Bundesrepublik Deutschland (C-505/19)
✅ Points essentiels à retenir
- L’arrêt Crim 21 novembre 2018 impose un contrôle individuel des risques pour tout ressortissant turc.
- La nationalité turque n’est pas un motif de refus automatique, mais elle ouvre droit à un examen renforcé.
- Les droits fondamentaux (CEDH + Charte UE) priment sur la simple exécution du mandat d’arrêt européen.
- La jurisprudence de 2018 est toujours d’actualité en 2026 et a été consolidée par des arrêts récents.
- Un avocat spécialisé doit systématiquement soulever l’exception de risque de violation de l’article 3 CEDH.
❓ Questions fréquentes sur l’arrêt Crim 21 novembre 2018
⚖️ Recommandation de l’avocat
L’arrêt Crim 21 novembre 2018 offre une protection concrète aux ressortissants turcs menacés par un mandat d’arrêt européen. Ne restez pas sans défense. Faites valoir vos droits devant les juridictions françaises, la CJUE et la CEDH.
Vous êtes concerné ? Contactez un avocat expert en droit européen dès aujourd’hui.
🔗 Consultez AvocatEurope.frUne équipe dédiée à la protection de vos libertés, spécialiste de la CEDH et de la CJUE.
📚 Sources et références
- Cour de cassation, chambre criminelle, 21 novembre 2018, pourvoi n° 18-84.567 (arrêt inédit).
- CJUE, 5 avril 2016, Pál Aranyosi et Robert Căldăraru, aff. jointes C-404/15 et C-659/15.
- CJUE, 12 mai 2021, Bundesrepublik Deutschland (C-505/19).
- CEDH, 7 juillet 1989, Soering c. Royaume-Uni, req. n° 14038/88.
- Conseil de l’Union européenne, décision-cadre 2002/584/JAI.
- Rapport Amnesty International 2025 – Turquie : liberté d’expression et détention.
- CPT (Comité européen pour la prévention de la torture), rapport 2024 sur la Turquie.
Dernière mise à jour : mars 2026. Cet article ne constitue pas un avis juridique personnalisé. Consultez un avocat.


