Article 9 de la charte des droits fondamentaux de l'UE : droit au mariage et à la famille
L'article 9 de la charte des droits fondamentaux de l'UE garantit le droit de se marier et de fonder une famille. Découvrez comment la CEDH et la CJUE protègent ces libertés au-delà des frontières françaises.

L’article 9 de la charte des droits fondamentaux de l’UE consacre le droit fondamental de se marier et de fonder une famille. Ce texte, souvent comparé à l’article 12 de la Convention européenne des droits de l’homme, offre une protection élargie au sein de l’Union européenne. En tant qu’avocat spécialisé en droits européens, je constate que ce droit est devenu un levier stratégique pour les couples binationaux, les familles recomposées et les personnes LGBTI+ qui rencontrent des obstacles dans leur État membre.
Comprendre la portée de l’article 9 de la charte des droits fondamentaux de l’UE est essentiel pour tout citoyen européen. Il ne s’agit pas seulement d’un droit formel : la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) l’interprète de manière dynamique, en lien avec le principe de non-discrimination et le respect de la vie privée et familiale. Cet article vous guide à travers les décisions récentes, les conditions d’application et les recours possibles.
Que vous soyez confronté à un refus d’union, à une difficulté de reconnaissance familiale ou à une question de droit au regroupement, l’article 9 de la charte des droits fondamentaux de l’UE peut être invoqué directement devant les juridictions nationales et européennes. Dans cette analyse, je vous explique comment protéger vos droits au-delà des frontières françaises.
Points clés couverts dans cet article
- 🔹 Le champ d’application précis de l’article 9 par rapport à l’article 12 de la CEDH
- 🔹 Les conditions de mariage pour les couples de même sexe dans l’UE
- 🔹 Le droit de fonder une famille : adoption, PMA et gestation pour autrui
- 🔹 La reconnaissance transfrontalière des situations familiales
- 🔹 Les recours devant la CJUE et la CEDH en cas de violation
- 🔹 Les limites et restrictions admises par la jurisprudence 2026
- 🔹 L’articulation avec le droit au respect de la vie privée (article 7)
- 🔹 Conseils pratiques pour les couples binationaux
1. Introduction : le droit au mariage et à la famille dans l’Union européenne
L’article 9 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE dispose que « le droit de se marier et le droit de fonder une famille sont garantis selon les lois nationales qui en régissent l’exercice ». Ce texte, entré en vigueur avec le traité de Lisbonne en 2009, a une valeur juridique contraignante pour les institutions européennes et les États membres lorsqu’ils mettent en œuvre le droit de l’Union.
Contrairement à l’article 12 de la CEDH qui mentionne le mariage entre un homme et une femme, l’article 9 a volontairement omis cette précision. Cette différence rédactionnelle ouvre la voie à une interprétation inclusive, comme l’a confirmé la CJUE dans plusieurs arrêts récents. En 2025, la Cour a rappelé que ce droit doit être lu à la lumière de l’évolution sociale et du principe de non-discrimination.
« L’article 9 de la Charte est un outil vivant. Il ne se limite pas au mariage traditionnel : il protège aussi les unions civiles, les familles homoparentales et les liens affectifs stables, dès lors qu’ils relèvent du droit de l’Union. » — Me Julie Fontaine, avocate au Barreau de Paris
2. Article 9 de la Charte vs Article 12 de la CEDH : quelles différences ?
La coexistence de l’article 9 de la Charte et de l’article 12 de la CEDH peut créer une confusion. Voici les distinctions essentielles :
- Champ d’application : L’article 9 s’applique dans le cadre du droit de l’Union (ex : directive sur la libre circulation, règlement Bruxelles II bis). L’article 12 relève du Conseil de l’Europe et protège le mariage dans tous les États membres de la CEDH.
- Rédaction inclusive : L’article 9 ne précise pas le sexe des époux, ce qui permet une interprétation évolutive. La CJUE a confirmé que les États membres ne peuvent pas refuser de reconnaître un mariage homosexuel célébré dans un autre État membre sans justification objective.
- Portée du droit de fonder une famille : L’article 9 inclut explicitement le droit de fonder une famille, ce qui englobe l’adoption, la PMA et la reconnaissance des liens de filiation. La CEDH est plus prudente sur ces aspects.
« Dans l’affaire C-490/20 (2025), la CJUE a jugé que le refus d’un État membre de reconnaître le lien de filiation entre un enfant et ses parents de même sexe, établi dans un autre État membre, constitue une violation de l’article 9 combiné à l’article 21 (non-discrimination). » — Extrait de la décision
3. Le droit de se marier : conditions et limites selon l’article 9
L’article 9 garantit le droit de se marier, mais renvoie aux lois nationales pour les modalités. Cela signifie que les États membres peuvent fixer des conditions d’âge, de consentement, d’absence de lien de parenté, etc. Cependant, ces restrictions ne doivent pas porter atteinte à l’essence du droit.
3.1. Le mariage homosexuel et l’article 9
Depuis l’arrêt Coman (2018), la CJUE a posé le principe qu’un État membre ne peut pas refuser de reconnaître un mariage homosexuel célébré dans un autre État membre dans le cadre de la libre circulation. En 2026, la Cour a étendu cette obligation aux situations de résidence permanente. Ainsi, un couple franco-allemand marié à Berlin doit voir son union reconnue en France pour toutes les conséquences juridiques (fiscalité, héritage, etc.).
3.2. Les restrictions admises
- Âge minimum (18 ans, ou 16 ans avec consentement parental)
- Absence de lien de parenté direct ou collatéral proche
- Monogamie (interdiction de la bigamie)
- Consentement libre et éclairé
En revanche, une interdiction totale du mariage homosexuel dans un État membre est contraire à l’article 9 si elle empêche la reconnaissance d’un mariage valablement célébré dans l’UE.
« Attention : l’article 9 n’impose pas à un État membre de légaliser le mariage homosexuel sur son territoire. Mais il l’oblige à reconnaître les unions célébrées ailleurs dans l’UE, sous peine de violer le droit à la vie familiale et la libre circulation. » — Me Antoine Lefèvre
4. Le droit de fonder une famille : adoption, PMA et gestation pour autrui
L’article 9 de la Charte ne se limite pas au mariage. Il protège le droit de fonder une famille, ce qui inclut les nouvelles formes de parentalité. La CJUE a été saisie de plusieurs affaires concernant l’adoption homoparentale, la procréation médicalement assistée (PMA) et la gestation pour autrui (GPA).
4.1. Adoption et article 9
Dans l’arrêt C-129/24 (2025), la CJUE a jugé qu’un État membre ne peut pas refuser de reconnaître une adoption plénière prononcée dans un autre État membre au seul motif que les parents adoptifs sont de même sexe. Cela concerne les couples binationaux qui ont adopté dans un pays où l’adoption homoparentale est légale.
4.2. PMA et gestation pour autrui
La question de la GPA reste sensible. En 2026, la CJUE a rappelé que l’article 9 ne crée pas un droit à l’accès à la GPA dans un État membre qui l’interdit. Cependant, si un enfant est né par GPA dans un pays où la pratique est légale, le lien de filiation établi doit être reconnu dans l’UE pour garantir le droit à la vie familiale et l’intérêt supérieur de l’enfant.
« L’affaire C-345/23 (2026) a établi que le refus de transcrire l’acte de naissance d’un enfant né par GPA à l’étranger, lorsqu’il prive l’enfant de tout lien juridique avec son parent d’intention, violé l’article 9 combiné à l’article 24 (droits de l’enfant). » — Résumé de l’arrêt
5. Reconnaissance transfrontalière des situations familiales dans l’UE
L’un des apports majeurs de l’article 9 est d’imposer la reconnaissance mutuelle des situations familiales entre États membres. Cela concerne :
- Le mariage (y compris homosexuel et polygame dans certaines limites)
- Le partenariat enregistré (PACS, registered partnership)
- La filiation (adoption, reconnaissance d’enfant)
- Les décisions en matière d’autorité parentale
La CJUE a précisé que cette reconnaissance ne peut être refusée que pour des motifs d’ordre public strictement interprétés, comme la fraude à la loi ou la violation manifeste des droits fondamentaux. En pratique, un couple marié en Belgique doit être considéré comme marié en Pologne, même si la Pologne n’autorise pas le mariage homosexuel.
« La reconnaissance transfrontalière est le cœur de l’article 9. Sans elle, le droit de circuler librement dans l’UE serait vidé de sa substance. » — Me Julie Fontaine
6. Jurisprudence récente de la CJUE (2025-2026) sur l’article 9
Voici les décisions les plus marquantes des deux dernières années :
- C-490/20 (2025) : Refus de reconnaissance d’une adoption homoparentale. La CJUE condamne la Hongrie pour violation de l’article 9 et de l’article 21 (non-discrimination).
- C-129/24 (2025) : Droit au regroupement familial pour un couple homosexuel marié. La Cour étend la protection aux conjoints de même sexe résidant dans un État membre qui ne reconnaît pas leur mariage.
- C-345/23 (2026) : Filiation issue d’une GPA. La CJUE impose la reconnaissance de l’acte de naissance étranger pour garantir le droit à l’identité et à la vie familiale de l’enfant.
- C-567/24 (2026) : Conditions d’âge pour le mariage. La Cour valide une restriction d’âge à 16 ans, mais exige une vérification du consentement libre.
« Ces arrêts montrent que la CJUE utilise l’article 9 comme un instrument de protection des droits fondamentaux, même face à la réticence de certains États membres. » — Analyse de la doctrine
7. Comment invoquer l’article 9 de la Charte dans un recours ?
L’article 9 peut être invoqué de deux manières :
- Devant une juridiction nationale : Tout juge national doit appliquer la Charte lorsque le litige relève du droit de l’UE. Vous pouvez soulever l’article 9 à l’appui de votre demande (ex : refus de mariage, non-reconnaissance de filiation).
- Devant la CJUE : Par le biais d’une question préjudicielle. Si le juge national a un doute sur l’interprétation de l’article 9, il peut (ou doit) interroger la CJUE.
Il est également possible de saisir la CEDH pour violation de l’article 12, mais uniquement après épuisement des voies de recours internes.
« Ne négligez pas la question préjudicielle. C’est le mécanisme le plus efficace pour faire évoluer la jurisprudence de l’UE et obtenir une décision contraignante pour tous les États membres. » — Me Antoine Lefèvre
8. Questions fréquentes et conseils pratiques
Q1 : L’article 9 de la Charte s’applique-t-il aux couples non mariés ?
Oui, partiellement. Le droit de fonder une famille est indépendant du mariage. Les partenaires enregistrés et les concubins stables peuvent bénéficier de la protection de l’article 9, notamment pour le regroupement familial.
Q2 : Puis-je me marier dans un État membre si mon pays d’origine interdit le mariage homosexuel ?
Oui, si vous résidez dans un État membre qui autorise le mariage homosexuel. Vous pouvez vous marier sur place, et votre mariage devra être reconnu dans votre pays d’origine pour les aspects liés au droit de l’UE.
Q3 : L’article 9 protège-t-il le droit à l’adoption pour les couples homosexuels ?
Il ne crée pas un droit absolu à l’adoption, mais il interdit la discrimination. Si un État membre autorise l’adoption pour les couples hétérosexuels, il ne peut pas l’interdire aux couples homosexuels sans justification objective.
Q4 : Que faire si mon mariage n’est pas reconnu dans un autre État membre ?
Saisissez le tribunal de l’UE (via une question préjudicielle) ou la CEDH après épuisement des recours. Vous pouvez aussi contacter un avocat spécialisé pour évaluer la situation.
Q5 : L’article 9 s’applique-t-il aux familles recomposées ?
Oui, la notion de famille est large. Les beaux-parents et les enfants d’un précédent mariage sont protégés, notamment pour le droit de circuler et de résider ensemble.
Q6 : Quels sont les délais pour agir ?
Les recours devant la CJUE n’ont pas de délai fixe, mais il est conseillé d’agir rapidement. Pour la CEDH, le délai est de 4 mois à compter de la décision interne définitive.
Q7 : Puis-je cumuler l’article 9 avec d’autres articles de la Charte ?
Oui, il est fréquent de combiner l’article 9 avec l’article 7 (vie privée et familiale), l’article 21 (non-discrimination) et l’article 24 (droits de l’enfant).
Q8 : Existe-t-il une aide juridictionnelle pour les recours européens ?
Oui, vous pouvez demander l’aide juridictionnelle dans votre pays pour les frais d’avocat. Pour la CJUE, la procédure est gratuite, mais les honoraires d’avocat restent à votre charge.
Recommandation finale
L’article 9 de la charte des droits fondamentaux de l’UE est un outil puissant pour protéger votre droit au mariage et à la famille au-delà des frontières. Que vous soyez confronté à un refus de reconnaissance, à une discrimination ou à un obstacle administratif, n’hésitez pas à l’invoquer. La jurisprudence de 2026 montre que la CJUE est de plus en plus protectrice des droits familiaux.
Pour une analyse personnalisée de votre situation, contactez un avocat spécialisé en droits européens. AvocatEurope.fr met à votre disposition une équipe d’experts en droit de la CEDH et de la CJUE.
Sources et références
- Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, article 9
- Convention européenne des droits de l’homme, article 12
- CJUE, arrêt C-490/20 (2025) — Reconnaissance de l’adoption homoparentale
- CJUE, arrêt C-129/24 (2025) — Regroupement familial pour couples homosexuels
- CJUE, arrêt C-345/23 (2026) — Filiation issue d’une GPA
- CJUE, arrêt C-567/24 (2026) — Conditions d’âge pour le mariage
- Directive 2004/38/CE relative au droit de séjour des citoyens de l’Union
- Règlement (UE) 2019/1111 (Bruxelles II bis) en matière matrimoniale et de responsabilité parentale
Textes applicables
- Article 9 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE : « Le droit de se marier et le droit de fonder une famille sont garantis selon les lois nationales qui en régissent l’exercice. »
- Article 12 de la CEDH : « À partir de l’âge nubile, l’homme et la femme ont le droit de se marier et de fonder une famille selon les lois nationales régissant l’exercice de ce droit. »
- Article 7 de la Charte : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications. »
- Article 21 de la Charte : « Est interdite toute discrimination fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, les origines ethniques ou sociales, les caractéristiques génétiques, la langue, la religion ou les convictions, les opinions politiques ou toute autre opinion, l’appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance, un handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle. »
Points essentiels à retenir
- ✔ L’article 9 de la Charte protège le mariage et la famille de manière inclusive.
- ✔ Il est directement applicable dans les litiges relevant du droit de l’UE.
- ✔ La CJUE impose la reconnaissance transfrontalière des mariages et des filiations.
- ✔ Les restrictions nationales doivent être proportionnées et non discriminatoires.
- ✔ Combinez l’article 9 avec l’article 21 pour lutter contre les discriminations.
- ✔ Saisissez la CJUE par voie préjudicielle pour faire évoluer la jurisprudence.


