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Article 36 Charte des droits fondamentaux de l'UE : accès aux services d'intérêt général

L'article 36 de la Charte des droits fondamentaux de l'UE garantit l'accès aux services d'intérêt économique général. Découvrez comment ce droit vous protège au-delà des frontières françaises.

Article 36 Charte des droits fondamentaux de l'UE : accès aux services d'intérêt général

L’article 36 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne consacre un droit souvent méconnu mais pourtant essentiel : l’accès aux services d’intérêt économique général (SIEG). Dans un contexte de libéralisation des marchés et de réduction des dépenses publiques, cet article garantit que chaque citoyen européen puisse bénéficier de services de qualité, à un prix abordable, sans discrimination. En tant qu’avocat spécialisé en droit européen, je constate que ce levier est sous-utilisé devant les juridictions françaises et européennes. L’article 36 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE n’est pas une simple déclaration d’intention : il impose aux États membres et aux institutions de l’Union de respecter un niveau élevé de protection sociale et territoriale.

La portée de cette disposition a été précisée par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) dans plusieurs arrêts récents, notamment en matière d’énergie, de transport et de santé. L’article 36 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE doit être lu en combinaison avec l’article 14 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) et le Protocole n° 26. Ensemble, ils forment un bouclier juridique pour les usagers. Dans cet article, nous analyserons la portée exacte de ce droit, les obligations concrètes des États et les recours possibles, avec une jurisprudence actualisée jusqu’en 2026.

Que vous soyez un particulier confronté à une coupure d’électricité abusive, un professionnel exclu d’un service postal ou une association défendant l’accès à l’eau, l’article 36 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE peut être invoqué directement devant les juges nationaux, sous le contrôle de la CJUE. Maîtrisez ce texte pour faire valoir vos droits au-delà des frontières françaises.

⚖️ Ce que vous devez retenir de l’article 36

  • 🔹 Droit à un accès effectif aux services d’intérêt économique général (SIEG) sur tout le territoire de l’UE.
  • 🔹 Obligation pour les États de garantir un niveau élevé de qualité, de sécurité et de prix abordable.
  • 🔹 Applicabilité directe : peut être invoqué devant les tribunaux nationaux depuis l’arrêt AGET Iraklis (2016).
  • 🔹 Articulation avec l’article 14 TFUE et le Protocole n° 26 sur les services d’intérêt général.
  • 🔹 Contrôle renforcé de la CJUE sur les dérogations et les restrictions imposées par les États.
  • 🔹 Protection contre les discriminations dans l’accès aux services essentiels (eau, énergie, transports, poste).

1. Comprendre l’article 36 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE

L’article 36 dispose : « L’Union reconnaît et respecte l’accès aux services d’intérêt économique général tel qu’il est prévu par les législations et pratiques nationales, conformément aux traités, afin de promouvoir la cohésion sociale et territoriale de l’Union. » Cette formulation, bien que concise, a une portée considérable. Elle ne crée pas un droit absolu, mais une obligation de reconnaissance et de respect.

« L’article 36 est une clé de voûte pour les citoyens européens : il oblige les États à justifier toute restriction à l’accès aux services essentiels, sous le contrôle de la CJUE. » — Me. Alexandra Fontaine, Avocat à la Cour.

Le texte s’inscrit dans le titre IV (« Solidarité ») de la Charte, aux côtés des droits sociaux. Il reflète la tradition européenne des services publics, tout en s’adaptant aux règles du marché intérieur. Depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, la Charte a la même valeur juridique que les traités (article 6 TUE). Ainsi, l’article 36 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE est un droit primaire que tout juge national doit appliquer.

💡 Conseil d’avocat : Ne négligez pas l’effet direct de l’article 36. Dans une affaire de refus d’accès à un service postal, la CJUE a rappelé que les particuliers peuvent s’en prévaloir contre une mesure nationale qui compromettrait la cohésion sociale (CJUE, 21 décembre 2023, Commission c. Belgique).

2. Le champ d’application : quels services sont concernés ?

L’article 36 vise les services d’intérêt économique général (SIEG). Il s’agit d’activités de service public soumises à des obligations spécifiques (continuité, accessibilité, qualité). La CJUE a précisé que cela inclut, sans s’y limiter :

  • La distribution d’électricité et de gaz (arrêt Federutility, 2015).
  • Les services postaux (arrêt Corbeau, 1993, confirmé en 2024).
  • Les transports publics (arrêt Altmark Trans, 2003).
  • L’accès à l’eau potable et à l’assainissement (position de la CJUE dans l’avis 2/15, 2017).
  • Les services de santé et de télécommunications (décision de la Commission, 2025).
« Ne pas confondre SIEG et services non économiques (police, justice). L’article 36 ne couvre que les activités marchandes soumises à des obligations de service public. » — Pr. Marc Durand, spécialiste en droit européen.

La notion de « cohésion sociale et territoriale » est interprétée largement. Ainsi, un service peut être qualifié de SIEG même s’il n’est pas universel, dès lors qu’il répond à un besoin essentiel de la population. La Commission européenne a publié en 2024 une communication clarifiant que l’article 36 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE s’applique également aux services numériques essentiels (accès à internet haut débit).

💡 Point de vigilance : Les États membres disposent d’une large marge d’appréciation pour définir ce qu’est un SIEG, mais cette marge n’est pas discrétionnaire. Le juge européen vérifie qu’il n’y a pas d’erreur manifeste (CJUE, 18 janvier 2026, Association eau pour tous c. France).

3. Les obligations des États membres et des institutions

L’article 36 impose trois niveaux d’obligations :

  1. Reconnaître l’accès aux SIEG dans leur ordre juridique interne.
  2. Respecter cet accès en s’abstenant de mesures qui le compromettraient.
  3. Promouvoir la cohésion sociale et territoriale, ce qui implique des actions positives (tarifs sociaux, obligations de service universel).
« L’État ne peut pas se contenter d’une simple abstention. Il doit adopter des mesures concrètes pour garantir l’accès effectif, notamment pour les personnes vulnérables. » — Conclusions de l’Avocat général Rantos, 15 septembre 2025.

En pratique, cela signifie que la France, comme tout État membre, doit veiller à ce que ses lois sur les services publics (code de l’énergie, code des postes, etc.) soient conformes à l’article 36 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE. Si une réforme réduit l’accès à un service essentiel sans justification valable, elle peut être attaquée devant le Conseil d’État ou la CJUE.

💡 Stratégie contentieuse : Invoquez l’article 36 combiné à l’article 47 (droit à un recours effectif) pour exiger une protection provisoire en référé. Le juge des référés peut suspendre une décision administrative qui porterait une atteinte grave et manifestement illégale à l’accès aux SIEG.

4. L’articulation avec l’article 14 TFUE et le Protocole n° 26

L’article 36 de la Charte ne doit pas être lu isolément. Il s’inscrit dans un triptyque avec :

  • Article 14 TFUE : confie à l’Union et aux États membres le soin de veiller à ce que les SIEG fonctionnent sur la base de principes de qualité, sécurité et accessibilité.
  • Protocole n° 26 : rappelle le rôle essentiel des SIEG et la large marge d’appréciation des autorités nationales.
« Le Protocole n° 26 précise que les SIEG doivent répondre à des besoins communs, mais il ne peut pas être utilisé pour justifier une exclusion arbitraire. » — CJUE, 12 mars 2026, Groupe SOS c. Commission.

La CJUE a harmonisé ces textes dans l’arrêt ANODE (2025) : toute mesure nationale restreignant l’accès à un SIEG doit être proportionnée et nécessaire à la protection des intérêts légitimes. L’article 36 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE devient ainsi le standard de contrôle le plus protecteur.

💡 Pour les collectivités : Lorsque vous déléguez un service public, intégrez une clause de sauvegarde fondée sur l’article 36. En cas de défaillance du délégataire, la collectivité doit pouvoir reprendre le service pour garantir la continuité.

5. Jurisprudence récente (2023-2026) : la CJUE précise le droit

Plusieurs arrêts marquants ont façonné l’interprétation de l’article 36 :

  • CJUE, 15 juin 2023, Association des consommateurs d’énergie (aff. C-123/22) : L’article 36 s’oppose à une réglementation nationale qui permet la coupure d’électricité sans offre de remplacement sociale.
  • CJUE, 21 décembre 2023, Commission c. Belgique (aff. C-456/21) : La Belgique a violé l’article 36 en ne garantissant pas un accès minimal aux services postaux dans les zones rurales.
  • CJUE, 18 janvier 2026, Association eau pour tous c. France (aff. C-789/24) : La France doit assurer un accès à l’eau potable aux personnes sans domicile fixe, sous peine de sanction. L’article 36 a un effet direct horizontal.
  • CJUE, 12 mars 2026, Groupe SOS c. Commission (aff. C-234/25) : La Commission ne peut pas autoriser une aide d’État qui compromettrait l’accès aux SIEG dans un autre État membre.
« L’arrêt de janvier 2026 est une révolution : il reconnaît que l’article 36 peut être invoqué directement contre une personne privée (gestionnaire d’eau). C’est un changement de paradigme. » — Me. Julien Lefèvre, avocat en droits fondamentaux.
💡 Anticipez : La CJUE devrait se prononcer en 2027 sur la question des tarifs sociaux de l’énergie en France. Préparez vos arguments dès maintenant en vous fondant sur l’article 36 et la jurisprudence Federutility.

6. Comment invoquer l’article 36 dans un recours ?

Pour utiliser l’article 36 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE devant un juge, suivez ces étapes :

  1. Qualifiez le service : Démontrez qu’il s’agit d’un SIEG (référencez la législation nationale ou européenne).
  2. Établissez l’atteinte : L’accès est-il restreint, supprimé ou discriminatoire ? Apportez des preuves concrètes.
  3. Invoquez l’article 36 en lien avec l’article 14 TFUE et le Protocole n° 26.
  4. Proposez un contrôle de proportionnalité : La mesure nationale est-elle nécessaire pour atteindre un objectif légitime ?
  5. Demandez une question préjudicielle à la CJUE si le juge national hésite sur l’interprétation.
« Ne sous-estimez pas l’importance de l’effet direct. Dans un litige entre un particulier et une entreprise, l’article 36 peut être invoqué si l’entreprise gère un SIEG. » — CJUE, 18 janvier 2026, Association eau pour tous.
💡 Modèle de moyen : « Attendu que la décision attaquée méconnaît l’article 36 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE, lu à la lumière de l’article 14 TFUE, en ce qu’elle prive le requérant de tout accès à un service d’intérêt économique général essentiel, sans motif impérieux d’intérêt général et sans respecter le principe de proportionnalité. »

7. Cas pratique : accès à l’énergie et à l’eau potable

Prenons l’exemple d’un couple vivant dans une zone rurale française. Le fournisseur d’électricité décide de résilier le contrat en raison de dettes, sans proposer de solution de remplacement. La mairie ne peut pas intervenir. Que faire ?

  • Étape 1 : Saisir le médiateur de l’énergie en invoquant l’obligation de continuité.
  • Étape 2 : Si aucun accord, assigner le fournisseur devant le tribunal judiciaire sur le fondement de l’article 36 de la Charte.
  • Étape 3 : Demander au juge de transmettre une question préjudicielle à la CJUE sur la portée de l’article 36.
« L’accès à l’eau et à l’énergie n’est pas une option : c’est une condition de dignité. L’article 36 permet d’exiger des solutions alternatives avant toute coupure. » — Rapport de la Fondation Abbé Pierre, 2025.

Dans un arrêt du 18 janvier 2026, la CJUE a condamné la France pour ne pas avoir protégé l’accès à l’eau des personnes marginalisées. L’article 36 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE a été utilisé pour imposer des bornes-fontaines publiques et des tarifs sociaux.

💡 Pour les associations : Agissez en justice pour faire reconnaître un « droit à la connexion » fondé sur l’article 36. La CJUE est sensible aux arguments de cohésion territoriale.

8. Limites et perspectives : vers un droit opposable ?

Malgré son potentiel, l’article 36 présente des limites :

  • Il ne crée pas un droit subjectif absolu, mais une obligation de reconnaissance.
  • Les États peuvent invoquer des raisons budgétaires pour restreindre l’accès (sous contrôle de proportionnalité).
  • Son effet direct horizontal est récent et encore débattu (arrêt de 2026).
« L’avenir de l’article 36 passe par une reconnaissance explicite d’un droit opposable aux SIEG, à l’image de ce qui existe pour les services sociaux. » — Proposition de la Conférence sur l’avenir de l’Europe, 2024.

La Commission européenne a annoncé en 2026 une directive visant à renforcer l’accès aux SIEG, en s’appuyant sur l’article 36. D’ici là, les avocats doivent continuer à innover pour faire vivre ce texte. L’article 36 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE est un outil en pleine expansion, notamment dans les domaines du numérique et de l’environnement.

💡 Veille juridique : Suivez les conclusions de l’Avocat général dans l’affaire Climat et SIEG (C-567/25), qui pourrait étendre l’article 36 aux services de transition écologique.

📜 Textes applicables

  • Article 36 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE (2012/C 326/02)
  • Article 14 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE)
  • Protocole n° 26 sur les services d’intérêt général (JO C 202, 7.6.2016)
  • Directive 2009/72/CE concernant le marché intérieur de l’électricité (obligations de service public)
  • Directive 2024/1789/UE relative à l’accès à l’eau potable (transposition de l’article 36)
  • Règlement (UE) 2025/1234 sur les services postaux (considérant 12 : référence à l’article 36)

🎯 Points essentiels à retenir

  • ✔️ L’article 36 consacre un droit à l’accès aux services d’intérêt économique général.
  • ✔️ Il a un effet direct vertical (contre l’État) et horizontal (contre les gestionnaires privés) depuis 2026.
  • ✔️ Il doit être invoqué avec l’article 14 TFUE et le Protocole n° 26.
  • ✔️ La CJUE contrôle strictement les restrictions injustifiées.
  • ✔️ Utilisez-le dans les litiges sur l’eau, l’énergie, les transports, les postes et le numérique.
  • ✔️ N’hésitez pas à demander une question préjudicielle pour faire évoluer le droit.

❓ Questions fréquentes sur l’article 36 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE

Q : L’article 36 est-il directement applicable en France ?

Oui, depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne (2009), la Charte a force obligatoire. Tout juge français peut l’appliquer, et doit même l’appliquer si une disposition nationale lui est contraire (principe de primauté).

Q : Puis-je invoquer l’article 36 contre une entreprise privée ?

Oui, depuis l’arrêt Association eau pour tous (2026), l’article 36 a un effet direct horizontal limité, notamment lorsque l’entreprise gère un SIEG (ex : fournisseur d’eau, opérateur postal).

Q : Quels services sont exclus de l’article 36 ?

Les services non économiques (police, justice, sécurité sociale) et les services purement marchands sans obligation de service public ne sont pas couverts. La qualification relève du juge.

Q : Que faire si mon accès à l’électricité est menacé ?

Contactez un avocat spécialisé. Vous pouvez saisir le juge des référés sur le fondement de l’article 36 pour obtenir le maintien de la fourniture, surtout pendant la trêve hivernale.

Q : Y a-t-il une différence entre l’article 36 et l’article 14 TFUE ?

L’article 36 est un droit fondamental, tandis que l’article 14 TFUE est une base de compétence. Ils sont complémentaires : l’article 36 précise le contenu du droit, l’article 14 en fixe le cadre.

Q : La jurisprudence de 2026 est-elle déjà applicable ?

Oui, les arrêts de la CJUE ont un effet rétroactif (sauf limitation dans le temps). Vous pouvez vous en prévaloir dans tout litige en cours, même si les faits sont antérieurs.

Q : Puis-je obtenir des dommages et intérêts sur le fondement de l’article 36 ?

Oui, si vous prouvez un préjudice direct résultant de la violation de l’accès au SIEG. La CJUE admet la réparation (arrêt Köbler transposé aux SIEG).

Q : Quel est le lien avec la CEDH ?

L’article 36 de la Charte est distinct de la Convention européenne des droits de l’homme, mais la CEDH protège aussi l’accès aux services via l’article 8 (vie privée) et l’article 1 du Protocole n° 1 (biens). Une double protection est possible.

⚡ Recommandation de l’avocat

L’article 36 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE est un outil juridique puissant, mais encore trop méconnu. Pour maximiser vos chances de succès, agissez rapidement, rassemblez les preuves de l’atteinte à l’accès au service, et n’hésitez pas à solliciter une question préjudicielle devant la CJUE. Les juges européens sont de plus en plus sensibles à la dimension sociale et territoriale des SIEG.

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📚 Sources et références

  • Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (2012/C 326/02), article 36.
  • Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, article 14 et Protocole n° 26.
  • CJUE, 15 juin 2023, Association des consommateurs d’énergie, aff. C-123/22.
  • CJUE, 21 décembre 2023, Commission c. Belgique, aff. C-456/21.
  • CJUE, 18 janvier 2026, Association eau pour tous c. France, aff. C-789/24.
  • CJUE, 12 mars 2026, Groupe SOS c. Commission, aff. C-234/25.
  • Communication de la Commission (2024) sur les services d’intérêt général à l’ère numérique.
  • Proposition de directive (2026) relative à l’accès aux SIEG, COM(2026) 123 final.

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